Sans remettre en cause l’utilité voire la nécessité du port du masque, certains auteurs montrent que chez l’enfant, cela génère plusieurs difficultés. De la gestion et l’identification des émotions, à l’insécurité voire aux troubles anxieux, en passant par des troubles des apprentissages, le port du masque a des effets indésirables à plus ou moins long terme chez l’enfant. Voici quelques pistes pour rassurer votre enfant et éviter des effets dramatiques sur son développement.
Le contexte sanitaire actuel : là où les troubles anxieux émergent
« On leur transmet la peur. Il y a des troubles anxieux extrêmement importants. Et puis, en plus, ils voient leurs parents anxieux donc ils absorbent cela. Ce sont des éponges. »
Marie-Estelle Dupont
L’enfant est une éponge qui aspire toutes les émotions prégnantes autour de lui. Lorie Bellanger, psychologue clinicienne, explique que le contexte actuel de la crise sanitaire plonge certains enfants dans un environnement angoissant.
Les parents sont inquiets et en position de soumission face à l’autorité, ce que les enfants ne connaissaient pas. Ses parents étant déstabilisés, l’enfant ne sait plus vers qui se tourner pour être rassuré. Il va aussi avoir tendance à ressentir ces mêmes émotions de peur et d’inquiétude.
« Les enfants sont considérés comme responsables si les autres deviennent malades. Ceux que je vois en cabinet sont dans une culpabilité qu’ils n’ont pas à porter et les déstabilise beaucoup »
Isabelle Vercherat, thérapeute psychocorporelle
Concernant la COVID-19, les enfants ont été désignés comme étant asymptomatiques. Ils transmettent le virus sans le savoir. Ils sont alors isolés des personnes à risque, notamment de leurs grands-parents, qui sont pourtant des figures rassurantes. Les enfants sont étiquetés et se considèrent eux-mêmes comme dangereux pour les gens qu’ils aiment. Ainsi, selon la psychologue Séverine de Junnemann, les enfants voient grandir leurs angoisses associées à une peur irrationnelle.
Le port du masque, une source d’angoisse en plus
De plus, le port du masque est inédit chez les enfants. Jamais ils n’ont vu leurs parents avec un bout de tissu cachant la moitié de leur visage. La plupart des professionnels de la petite enfance rapportent d’ailleurs que les enfants de moins d’un an, arrachent le masque de leurs parents, voire du personnel afin de voir leur sourire.
De la même façon que le port du masque en lui-même est angoissant pour l’enfant, la peine encourue s’il n’est pas porté l’est tout autant. Nombre d’enfants ont peur de se faire fâcher s’ils ne portent pas correctement leur masque.
Cependant, la principale problématique du port du masque, notamment par l’adulte, réside dans l’invisibilisation des émotions. Les enfants comprennent et reconnaissent les émotions avec les visages. La bouche souriante est un élément rassurant pour eux. Sourire avec les yeux ne suffit pas. L’enfant est privé de contact rassurant avec son adulte référent (instituteur.rice, personnel de crèche…) du fait de la distanciation sociale. Il se retrouve également privé d’une partie de leurs sentiments et émotions positives, à cause du masque qui dissimule la moitié du visage.
Des pistes pour rassurer l’enfant
Rassurer son enfant en cette période est essentiel. Cela lui permettra de diminuer ses angoisses, de garder confiance en ses parents malgré cette période d’incertitude, et lui apporter une certaine stabilité.
Pour que l’enfant comprenne la situation actuelle qui génère en lui tant d’angoisses, il faut que l’adulte lui explique avec des mots simples. Ceci contribuera à le rassurer.
Si le port du masque est angoissant pour l’enfant, l’adulte peut le transformer en un jeu, comme le propose la psychologue Sarah Laporte-Daube. L’adulte peut habituer l’enfant à porter un masque, jouer avec lui en imaginant le masque comme un accessoire de super-héros ou encore décorer le masque pour qu’il soit plus agréable à porter pour l’enfant.
Quand le port du masque est obligatoire, notamment dans les établissements d’accueil pour enfant, Celia du Peuty et Anna Cognet, psychologues cliniciennes, proposent de réduire le temps de port quand la distance sociale est possible. Elles proposent également le port d’un masque transparent pour les professionnels. Il permet de limiter l’incompréhension de l’enfant et lui permettre de voir les sourires et autres expressions émotionnelles.
Et même sans masque…
Marie Paule Thollon Behar est psychologue et docteure en psychologie du développement. Elle suggère pour les parents qui le peuvent d’ « augmenter les temps d’échanges verbaux à la maison, en face-à-face, sans maque ». Cela permet de compenser le temps passé de l’enfant avec des adultes masqués en crèche ou à l’école.
Une autre solution a été imaginée par Manon Berthod, éducatrice de jeunes enfants. Celle-ci propose un livre d’apprentissage des émotions, avec des illustrations de personnes masquées. L’ouvrage permet à l’enfant de décrypter les émotions en fixant leur regard sur les yeux, plus que sur la bouche.
Dominique Gutierrez, thérapeute et formatrice, conseille de « jouer la complicité avec l’enfant, de dédramatiser, de montrer que tout le panel de réactions existe et de jouer avec ça, qu’on enlève de la gravité parce que le drame les amène à la culpabilité. »
Ainsi, l’adulte doit rassurer l’enfant dans cette période instable. Cela va permettre de diminuer son angoisse et le ramener dans un terrain de sérénité. Expliquer la situation actuelle avec des mots simples à l’enfant va l’aider à savoir comment faire face à ses propres peurs, selon Hélène Romano, docteure en psychopathologie.
PedagoJ vous accompagne et vous guide dans votre parentalité ! Consultez nos formations à destination des familles et particuliers.
