Avec la crise sanitaire actuelle et notamment le port du masque, le terme de « troubles anxieux » revient souvent, surtout pour nos enfants et nos adolescents. Qu’est-ce que c’est ? Comment se manifestent-ils ? Pourquoi il est important de les prendre en charge le plus tôt possible ?
Les troubles anxieux : qu’est-ce que c’est ?
Très jeune, l’enfant développe un certain nombre de peurs et de l’anxiété qui sont tout à fait normales. L’anxiété est une réponse banale de l’organisme face à un danger ou à un stress. Elle se manifeste par une accélération du risque cardiaque, des troubles du sommeil, une transpiration excessive voire des difficultés respiratoires et une mise en retrait. On parle de troubles anxieux quand cette anxiété devienne trop importante, dure trop longtemps et a des conséquences sur le fonctionnement de la vie quotidienne de l’enfant.
Hélène Denis, pédopsychiatre, définit les cinq troubles appartenant à la catégorie des troubles anxieux chez l’enfant et l’adolescent.
Les phobies spécifiques.
Elles se caractérisent par « […] une peur intense, permanente et irrationnelle d’un objet ou d’une situation spécifique, menant à l’évitement de cet objet ou de cette situation, durant plus de 6 mois ».
L’anxiété de séparation.
La pédopsychiatre définit l’anxiété de séparation comme « une anxiété excessive et inappropriée par rapport au stade de développement, concernant la séparation des personnes auxquelles l’enfant est attaché […] pendant au moins 4 semaines. »
L’anxiété généralisée
L’anxiété généralisée ou trouble de l’anxiété généralisée (TAG), est plus globale que la précédente. Elle se définit comme étant une « anxiété et des préoccupations excessives, non réalistes, survenant la plupart du temps et durant au moins 6 mois, concernant des événements ou activités de la vie quotidienne. »
Le trouble panique
Ce trouble peut être définit comme « la récurrence d’attaques de panique, suivies de préoccupations anxieuses concernant l’éventuelle survenue d’une prochaine crise d’angoisse, et d’inquiétudes concernant ses conséquences. »
L’anxiété sociale
Pour finir, Hélène Denis explique l’anxiété sociale qui est la « peur persistante et intense d’une ou plusieurs situations sociales ou de situation de performance, scènes où le jeune est en contact avec des personnes non familières où il peut être exposé à l’observation attentive d’autrui. »
Selon Carla Bugosen et Vincent Joly, psychologues et psychothérapeutes, il semblerait que tous ces troubles n’apparaissent pas à la même période du développement chez l’enfant. Les phobies spécifiques apparaissent tôt, vers 5-6 ans. Entre 6 et 7 ans apparait l’anxiété de séparation pathologique. L’anxiété généralisée se manifeste vers 10/12 ans et l’anxiété sociale vers 11-13 ans. Le trouble panique n’apparait généralement qu’à la fin de l’adolescence.
L’origine des troubles anxieux
L’origine de ces troubles est multiple. Selon l’INSERM, plusieurs facteurs peuvent jouer.
La génétique
Il n’y a pas de « gène de l’anxiété » mais le gène récepteur à la sérotonine est impliqué dans l’anxiété et son activation semble augmenter le niveau d’anxiété.
L’environnement
Certaines familles comptent plusieurs membres souffrant de troubles anxieux. Les études ne montrent pas encore s’il s’agit d’une prédisposition familiale multigénétique ou si ce sont des habitudes familiales qui favorisent un apprentissage social de la peur et de l’anxiété.
Les facteurs psychologiques et/ou développementaux
Les troubles anxieux peuvent survenir à la suite d’antécédents familiaux, de traumatismes, d’une grande consommation de substances (alcool, drogues, médicaments…) ou encore de problèmes médicaux ou psychiatriques.
L’INSERM indique également que les études neurobiologiques sur l’anxiété sont en voie de progression mais que « les mécanismes à l’origine des dérèglements qui font basculer de l’anxiété physiologique aux troubles anxieux pathologique restent encore à découvrir. »
De la difficulté du diagnostic
« Malgré cette sévérité potentielle, ces troubles sont souvent négligés chez les plus jeunes en raison de leur méconnaissance de la part de l’entourage et d’une réticence au diagnostic, par peur de « figer les choses », « d’étiqueter » les enfants concernés, mais aussi de les traiter à l’aide de médicaments psychotropes alors que leur cerveau est en développement ».
INSERM
Diagnostic
Le diagnostic des troubles anxieux n’est pas facile à réaliser. Tout d’abord parce que les symptômes d’un trouble anxieux peuvent être minimisés et confondus avec des peurs normales de l’enfant. Mais également, le diagnostic de troubles anxieux prend du temps du fait des comorbidités possibles, c’est-à-dire d’une association de pathologies.
Quelques symptômes pourraient avertir d’un risque de troubles anxieux tels qu’une modification soudaine du comportement ; des symptômes somatiques ; des troubles du sommeil ; un besoin excessif d’être rassuré ; des conduites d’évitement ou encore un problème de concentration.
Quand les parents détectent ces symptômes, il est essentiel de se rendre chez le médecin traitant pour établir un diagnostic. Le médecin va procéder à un entretien clinique et va échanger avec l’enfant pour établir ou non un diagnostic de trouble anxieux. Il va également pouvoir utiliser des questionnaires afin d’évaluer la sévérité de l’anxiété, etc. Aux côtés d’un psychiatre et une fois le diagnostic posé, le médecin va proposer deux types de traitements possibles, sur lesquels nous revenons à la fin de cet article.
Comorbidités
Un enfant ou un adolescent souffre rarement d’un seul type de trouble anxieux. A titre d’exemple, l’anxiété de séparation s’associe souvent à une anxiété généralisée ou une anxiété sociale, dans 49 à 74% des cas.
Egalement, l’enfant ou l’adolescent souffrant de troubles anxieux est plus susceptible de montrer des symptômes dépressifs voire une dépression.
Les adolescents les plus âgés sont très souvent sujets aux addictions, notamment à l’alcool et au tabac, substances qui apaisent temporairement leur anxiété.
Pourquoi le diagnostic est nécessaire ?
Le diagnostic de troubles anxieux est essentiel, afin de prévenir un développement compliqué pour l’enfant ou l’adolescent qui en souffre. Plus tôt le diagnostic est posé, plus rapidement les troubles anxieux peuvent être pris en charge et ainsi limiter les conséquences négatives sur la vie quotidienne de ceux qui en souffrent.
Les troubles anxieux apparaissent souvent dans l’enfance et ne sont pas pris en charge. La méconnaissance et donc le non-diagnostic mènent à un handicap sévère pour l’enfant ou l’adolescent, qui se traduit par un « appauvrissement relationnel et une restriction du champ des activités, qui altèrent l’accession à l’autonomie et à l’indépendance » selon l’INSERM..
Une des complications des troubles anxieux chez l’enfant, c’est le refus scolaire anxieux, qui mène, à terme, à une déscolarisation définitive. La prise en charge précoce du trouble permettrait ainsi d’éviter ce genre de situation, et de donner toutes les clefs possibles à l’enfant pour qu’il se développe au mieux.
Chez l’adolescent, au-delà du risque de déscolarisation, on retrouve la prédisposition aux addictions.
Traitements
Première intention
En traitement de première intention, l’INSERM recommande d’entretenir une bonne hygiène de vie. L’enfant doit avoir un rythme régulier, un bon sommeil, une alimentation équilibrée ainsi que des activités sportives et créatives qui permettent d’évacuer l’anxiété.
Prise en charge thérapeutique
Lorsque les symptômes ne diminuent pas, le médecin traitant, souvent de concert avec un psychiatre, va décider quelle est la prise en charge thérapeutique la plus adaptée à l’enfant ou à l’adolescent : psychothérapeutique ou médicamenteuse.
Psychothérapies
Certaines psychothérapies sont privilégiées pour traiter les troubles anxieux, notamment les TCC et l’EMDR.
Les TCC, ce sont les thérapies cognitivo-comportementales. Elles fonctionnent comme une désensibilisation et sont expliquées par l’INSERM comme des thérapies qui permettent au patient « […] d’apprendre à gérer son anxiété en modifiant ses pensées, ses peurs et ses croyances grâce à des expositions progressives aux situations qu’il juge angoissantes, et ce dans un contexte sécurisé. ».
L’EMDR ou Eye Movement Desensitization and Reprocessing, est également efficace pour l’accompagnement d’une personne souffrant de troubles anxieux. Selon l’INSERM, c’est « une technique plus confidentielle de remédiation cognitive fondée sur les mouvements oculaires […]. »
Médicaments
Sur une courte durée, les enfants ou adolescents se voient prescrire des anxiolytiques. En traitement de fond, les médecins préfèrent les antidépresseurs.
A noter qu’il est nécessaire que le patient ait un suivi régulier, même après la prise en charge thérapeutique, qu’elle soit psychothérapeutique ou médicamenteuse, pour que les troubles anxieux ne refassent pas surface à la fin de l’adolescence.
Il est trop fréquent que les conséquences des troubles anxieux deviennent le symptôme. Par exemple, le refus scolaire anxieux est une conséquence du trouble anxieux. Pourtant, c’est souvent grâce à ce refus scolaire anxieux, que les parents détectent l’anxiété sévère chez leur enfant.
Il est donc nécessaire de repérer les symptômes précoces des troubles anxieux chez son enfant ou son adolescent. Ceci permettrait une prise en charge adaptée afin qu’ils poursuivent leur développement sereinement.
PedagoJ forme et informe aux troubles de la santé mentale ! Consultez notre catalogue.
